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Tout savoir sur lacétylène : SOMMAIRE 1. Historique * 2. Caractéristiques de lacétylène * 2.1. Propriétés physiques * 2.2. Structure * 2.3. Propriétés pharmacologiques * 3. Préparations * 3.1. Historique * 3.2. Carbure de calcium et cyanamide * 3.3. Préparation de lacétylène par hydrolyse du carbure de calcium * 3.3.1. Les générateurs humides * 3.3.2. Les générateurs secs * 3.4. Préparation de lacétylène par craquage * 4. Productions et utilisations * 5. Le problème de lacétylène *
Acétylène :
Lacétylène, de formule brute C2H2, est le premier terme des alcynes ou hydrocarbures acétyléniques de formule générale Cn H2n -2. Ces derniers sont caractérisés par la présence dune triple liaison (-C=C-) dans leur molécule. Lacétylène présente une très grande réactivité. À côté du rôle important quil joue comme combustible dans le chalumeau oxyacétylénique, son utilisation, en tant que matière première, dans un grand nombre de synthèses industrielles, est devenue prépondérante. Le développement de sa production, liée initialement à celle du carbure de calcium, a su sen libérer par la mise au point de divers procédés de craquage du gaz naturel ou dessences. Leur extension risque toutefois dêtre freinée par le fait que lacétylène est de plus en plus concurrencé par dautres matières premières, notamment par léthylène, dans divers procédés très importants.
Isolé, semble-t-il, dès 1836 par E. Davy, préparé en 1860 par M. Berthelot, qui lui donne son nom et létudie, lacétylène ne devait devenir un produit courant quaprès que H. Moissan et T. L. Willson eurent préparé, en 1892, indépendamment lun de lautre, du carbure de calcium au four à arc, four inventé par H. Davy dès 1801, mais développé industriellement par Siemens à partir de 1877. Quelques années plus tard, le carbure de calcium était obtenu industriellement en France, en Allemagne, aux États-Unis, en Italie, en Suisse... et, dès 1900, de très nombreux générateurs dacétylène étaient décrits, en vue de lutilisation de ce gaz dans les brûleurs, pour léclairage. Divers accidents, ainsi que les travaux de Berthelot et P. Vieille qui démontraient la quasi-impossibilité pratique de liquéfier et de comprimer lacétylène, risquaient de limiter son utilisation lorsque G. Claude et Hess, en 1897, en découvrant sa grande solubilité dans lacétone, trouvèrent un moyen de le transporter. H. Le Châtelier ayant proposé de le comprimer dans des tubes contenant une matière poreuse, Janet suggéra dajouter de telles matières dans les tubes chargés en acétone. Lacétylène arrivait un peu tard pour remplacer dans léclairage public le gaz de ville dont lutilisation avait été révolutionnée en 1886 par lemploi du manchon dû à Auer von Welsbach; si, en 1910, un millier de villes avaient adopté lacétylène, le développement de léclairage électrique allait sopposer à lextension de cette utilisation. Lemploi du chalumeau oxyacétylénique, mis au point par Picard et dont lintérêt avait été mis en évidence par Le Châtelier dès 1895, allait en revanche rapidement prendre de lextension, lorsque les travaux de Linde et de Claude eurent fourni la possibilité dextraire facilement loxygène de lair. La préparation de solvants chlorés: trichloréthylène et perchloréthylène, entreprise dès 1910 en Allemagne, ne devait surtout se développer en France et dans les autres pays quaprès la Première Guerre mondiale, offrant ainsi un débouché aux usines de chlore installées pendant cette période critique. En sintroduisant dans lindustrie du chlore, lacétylène amorçait un rapprochement entre chimie minérale et chimie organique... La transformation du carbure en aldéhyde et en acide acétique, entreprise en Allemagne durant la guerre, confirmait cette orientation de la chimie industrielle moderne. Après la mise au point, depuis 1930, de la synthèse à partir de lacétylène, de divers élastomères, Buna (Allemagne), G.R.S. et Néoprène (États-Unis), Sovprène (U.R.S.S.), dont la Seconde Guerre mondiale devait développer la production, la fabrication de résines vinyliques (acétate et chlorure), de vinylidène, dacrylonitrile a pris, à partir de 1940, de plus en plus dimportance. Une extension comparable des dérivés de léthylène amenait les Allemands, dont la pétroléochimie était alors peu développée, à préparer, pendant la guerre, ce gaz par hydrogénation de lacétylène. Il convient de rappeler que lutilisation de lacétylène dans les moteurs, proposée dès 1896 en France, a été réalisée en Allemagne durant la Première Guerre mondiale, puis étudiée en France en 1926, et appliquée pendant lOccupation (1940-1944) alors que lessence manquait: dès mars 1941, 2 000 véhicules utilisaient lacétylène comme carburant. Lacétylène (C2H2), de masse molaire 26,028, est un gaz incolore dont lodeur rappelant le géranium est généralement masquée par celle, aliacée, de la phosphine (PH3); larsine (AsH3) qui peut accompagner la phosphine étant en revanche très fréquemment inodore. Voici quelques caractéristiques: volume molaire: 22,12 l; masse du litre à 0 °C: 1,17 g; température débullition: 35 °C; point critique: 6,11 MPa; sa température de fusion est F: 81,8 °C; il se sublime dès 83 °C; on peut le fondre sous pression: pression de vapeur de 2,6 MPa à 0 °C et de 3,8 MPa à 15 °C. Lacétylène liquide est incolore, de densité 0,62, et constitue un explosif. Ses limites dinflammabilité sont dans lair sec: 2-80 p. 100, dans lair humide: 3-77 p. 100, dans loxygène: 3-93 p. 100. Il est relativement soluble dans leau, avec laquelle il peut donner un hexahydrate: sa solubilité atteint 1,97 g/l sous une pression de 0,1 MPa à 0 °C; à 10 °C: 1,21; à 20 °C: 1,55; à 70 °C: 0,76; sous 1 MPa à 10 °C: 14,2; à 20 °C: 11,4. Il est très soluble dans lacétone (25 g/l à 10 °C sous 0,1 MPa et 300 g/l à 10 °C sous 1,2 MPa), dans lammoniaque liquide et dans de nombreux composés carbonés: méthanol, acétonylacétone, phosphate triéthylique, diméthylsulfoxyde, diméthylformamide, méthylpyrrolidone.
Lacétylène, qui nest pas toxique, présente des propriétés anesthésiques. On lutilise surtout en Allemagne et aux États-Unis (narcylène) en anesthésie générale dans un mélange oxygéné à 30 ou 40 p. 100 au début de lanesthésie puis à 60-70 p. 100 par la suite. Lanesthésie est rapide, sans phénomènes secondaires désagréables. Ce mélange donne une résolution musculaire imparfaite. Il est peu utilisé en France à cause des dangers dexplosion quil présente.
La synthèse de lacétylène réalisée par Berthelot, en faisant éclater larc électrique dans de lhydrogène (expérience classique de luf électrique), na pas eu de conséquence pratique si ce nest quelle a montré que lacétylène formé à haute température devait être trempé (cest-à-dire refroidi brusquement) si on voulait lamener sans décomposition à la température ordinaire. On devait tenir compte de cette observation lorsque, entre les deux guerres, on a mis au point la préparation de lacétylène par craquage dhydrocarbures. Jusque-là lacétylène était obtenu à partir du carbure de calcium, dont lindustrie sest considérablement développée du fait des demandes croissantes en acétylène. Cette fabrication exigeant une grosse consommation dénergie électrique, on a tenté dy remédier en le préparant au départ du méthane ou dessence. Cette substitution de matière première, apparue vers 1938 en Allemagne, où 40 p. 100 environ de lacétylène étaient obtenus dès 1965 à partir de méthane ou dessences légères, risque dêtre éphémère : léthylène résultant du craquage à la vapeur dessences tend en effet de plus en plus à se substituer à lacétylène. Un mélange de chaux et de charbon traité au four électrique vers 1 700 °C se transforme en carbure de calcium CaC2. Ce composé a une structure très proche de celle de la chaux où les ions O2- seraient remplacés par des ions (C ´ C)2-; ces derniers possédant une longueur plus importante, le cristal cubique est déformé et devient quadratique. Le carbure de calcium est un produit industriel important, puisquil permet dobtenir lacétylène par hydrolyse:
En outre, le carbure de calcium est un bon réducteur, il réagit, avec la silice, pour donner un alliage silicium-calcium avec dégagement doxyde de carbone; un procédé de réduction de la magnésie a également été proposé en Angleterre. Vers 700 °C le carbure de calcium absorbe lazote pour conduire à la cyanamide calcique CaCN2, qui shydrolyse lentement avec dégagement dammoniac, ce qui en fait un excellent engrais azoté, qui se double dun amendement calcaire.
Lhydrolyse du carbure de calcium sopère très facilement selon la réaction: CaC2 + 2H2O -> Ca(OH)2 + C2H2 + 130 kj Étant donné la composition moyenne du carbure de calcium (80 à 82 p. 100 de CaC2), elle exige environ 500 g deau par kg de carbure et fournit 300 l dacétylène et 1 100 g de chaux, tandis quil se dégage environ 1 800 kJ, quantité de chaleur considérable, qui entraînerait la polymérisation de lacétylène si elle nétait pas en grande partie dissipée. La préparation de lacétylène sopère dans des générateurs qui sont de deux types: humides ou secs selon que lon extrait la chaux formée à létat dun lait à environ 10 p. 100, ou bien à létat de chaux hydratée quasiment sèche.
Les générateurs humides sont les plus utilisés par les producteurs dacétylène. De divers types, ils dérivent des lampes à acétylène dont dinnombrables modèles ont été brevetés (6 000 brevets dinventions en France entre 1895 et 1941), mais qui se ramènent quant à leur fonctionnement à trois catégories: générateurs à chute de carbure dans leau, générateurs à chute deau, générateurs à contact. Les générateurs à chute deau, dont la capacité de production peut atteindre 2 500 mètres cubes par heure, sont les plus utilisés dans les ateliers de production dacétylène dissous. Ils sont en relation avec un gazomètre intermédiaire formant volant, un système dépuration et un dispositif de remplissage des bouteilles.
Les générateurs secs ont été mis au point en Allemagne, pour la production de lacétylène utilisé comme matière première de lindustrie chimique. Compte tenu de la réaction dhydrolyse du carbure, la chaleur dégagée permet dévaporer environ 600 g deau par kg de carbure, de telle sorte quon peut ajouter un kg deau par kg de carbure si lon veut obtenir de la chaux hydratée sèche. Divers générateurs secs sont utilisés: celui de la Shaw Chemicals Ltd. (Canada) installé notamment à Saint-Auban permet de traiter 4 à 5 t/h de carbure 0-7 mm. Il comporte essentiellement trois cylindres superposés dans lesquels sopère la décomposition complète du carbure et deux tours assurant le lavage du gaz. Lacétylène produit passe dans un gazomètre dont les déplacements peuvent, dans les générateurs humides, régler ladmission du carbure. Le gaz sec obtenu contient 99 à 99,8 p. 100 dacétylène, de faibles quantités dair et des traces dammoniac (20 p.p.m.), de phosphine (40 p.p.m.), darsine (6 p.p.m.) et de divers sulfures. Les fabrications chimiques utilisant lacétylène comme matière première exigent généralement lélimination de ces impuretés, qui constituent notamment des poisons de catalyseurs. On procède donc au lavage du gaz par lacide sulfurique à 96-98 p. 100 ou à 78 p. 100; dans certaines usines on utilise lacide dilué, de leau de chlore et de la soude, ou une solution dhypochlorite. Cette purification est également pratiquée dans tous les ateliers de remplissage de bouteilles, où lon oxyde les impuretés par le chlorure ferrique; en fait, on utilise des mélanges de ce sel avec dautres composés (HgCl2, MnO2) déposés sur du kieselguhr et régénérables par lair. Si, aux États-Unis, différentes usines productrices envoient lacétylène par des gazoducs à dautres usines utilisatrices, en vue de sa transformation chimique, la seule forme transportable de lacétylène reste pratiquement lacétylène dissous, conditionné en France, sous une pression maximale de 1,5 MPa à 15 °C, dans les cylindres (ou bouteilles) en acier contenant une masse poreuse autorisée et de lacétone en quantité telle que le volume libre occupé par le gaz soit au minimum de 12 p. 100 du volume du cylindre.
Le développement considérable des utilisations de lacétylène qui avait rendu nécessaire lobtention de ce gaz par craquage du méthane a été interrompu en raison de la concurrence de léthylène, que des installations de plus en plus nombreuses, opérant par craquage des essences légères, fournissent à un prix plus avantageux.Cest ainsi quaux États-Unis, qui ont été longtemps le plus important producteur dacétylène, la firme produisant le plus dacétylène nutilise plus ce gaz que pour la fabrication de lacétate de vinyle et du butane-1,4-diol.Notons dailleurs que la production dacétylène dans ce pays, qui était passée de 150 000 t en 1945 à plus de 500 000 t en 1965, a notablement diminué puisquelle natteignait déjà plus que 124 000 t en 1975 et 103 000 t en 1977. On a observé une baisse comparable dans les autres pays; ainsi, en Allemagne, on produisait 204 000 t dacétylène en 1977 contre 346 000 t en 1974.En France, lacétylène a pratiquement perdu ses emplois comme matière première de lindustrie chimique. Dissous dans lacétone ou le diméthylformamide, il a également vu diminuer son utilisation car il est concurrencé par lemploi du laser pour la soudure autogène: la production est passée de 12 Z 106 m3 en 1981 à 8,6 Z 1O6 m3 en 1990.Si le tableau montre que lacétylène, agent de synthèse remarquable, permet la préparation dun nombre considérable de produits, il convient de souligner spécialement les fabrications dont il peut constituer la matière première. Indiquons le principe de ces préparations: Le chlorure de vinyle résultait de lunion directe de lacétylène et du gaz chlorhydrique sur du charbon de bois imprégné de chlorure mercurique (réaction 3).On polymérisait ensuite le monomère en émulsion, en suspension ou dans la masse. Le chlorure de vinyle monomère est essentiellement préparé actuellement par oxychloration de léthylène.Lacétaldéhyde obtenu par hydratation de lacétylène, en présence de sulfate mercurique (réaction 4), est oxydé en acide acétique à 55-65 °C, par lair, en présence dacétate de manganèse.La fixation de lacide cyanhydrique sur lacétylène (réaction 3) sopère en solution de chlorure cuivreux et conduit à lacrylonitrile. La préparation des deux solvants chlorés encore les plus importants, trichloréthylène dit Tri et perchloréthylène dit Per , surtout utilisés respectivement pour le dégraissage des métaux et pour le nettoyage à sec, sopère à partir du tétrachloréthane qui résulte lui-même de la chloration de lacétylène en phase liquide (pied de cuve de tétrachloréthane) à 80 °C et en présence de sels de fer: HC+CH + 2Cl2 ->(Fe) -> CHCl2-CHCl2
On passe au trichloréthylène par hydrolyse par la chaux à 80 °C ou, de plus en plus, par craquage vers 500 °C: CHCl2-CHCl2 -> CHCl=CCl2 + HCl Par chloration du trichloréthylène en phase liquide on peut préparer le pentachloréthane CHCl2 _ CCl3 qui par une hydrolyse comparable à celle du tétrachloréthane fournit le perchloréthylène CCl2=CCl2. Quant au Néoprène, sa préparation à partir de lacétylène exige la dimérisation de celui-ci en monovinylacétylène et la fixation du gaz chlorhydrique forme du chloroprène (réaction 8), liquide bouillant à 59 °C, quon entraîne à la vapeur, puis quon purifie par distillation et quenfin on polymérise généralement en émulsion. Le butane-1,4-diol est préparé par réaction de lacétylène avec une solution aqueuse de formaldéhyde à 30 p. 100, en présence dacétylure de cuivre: CH=CH + 2 HCHO -> HOCH2 C=C_CH2OH On obtient du butyne-1,4-diol que lon hydrogène en phase liquide entre 70 et 100 °C, sous 25 à 30 MPa, en utilisant du nickel de Raney comme catalyseur: HOCH2 -C=C-CH2OH + 2H2 -> HOCH2-CH2-CH2-CH2OH
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