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DU FROMAGE À LA SPÉLÉO.

Vous vous demandez bien quel rapport il peut y avoir entre le fromage et la spéléo. Il y a bien quelques fromages à trous, mais ceux-ci sont d'un intérêt limité sauf gastronomique.

En 1993, à la suite de l'affaire des Vacherins fermiers qui a fait quelques victimes, un certain nombre de Commissaires Européens, essentiellement des anglo-saxons et nordiques, ont tenté de faire interdire la vente de fromages au lait cru estimant que ceux-ci représentent un danger sanitaire. Immédiatement il y a eut une levée de boucliers (ou plutôt de plateaux à fromages) et la dite proposition de loi à été repoussée. Mais un des pourfendeurs de clacos a conclu en disant : De toutes manières, d'ici dix ans, il n'y aura plus un fromage à pâte crue commercialisable. 

En 1994 apparaît une nouvelle norme sanitaire sur les établissements fabriquant et conditionnant les produits laitiers et dérivés qui met hors autorisation de commerce 70% des petits producteurs (adieux le pélardon fermier des Cévennes). Les gros producteurs de l'agroalimentaire se frottent les mains : c'est 10% du marché à se partager. Mais leur tour vient rapidement.

 Un point commun à la plupart de ces fromages à pâte crue c'est la présence en faibles quantités de bactéries de la famille des Listeria. C'est une grande famille de bactéries dont seul listeria monocytogenes est pathogène (deux ou trois autres sont soupçonnées de provoquer un usage important de papier toilette).

Donc voici la faille du clacos vu qu'il existe une réglementation du taux de listeria. Et voilà que la réglementation est d'année en année de plus en plus sévère sur le taux autorisé pour nous amener à un taux limite actuel ridiculement bas et incompatible avec notre fromage. On commence même à parler de taux 0 pour l'année 2002.

Résultat, depuis janvier 1999 date de la dernière baisse de la norme, les cas de retrait du marché de fromages se multiplient même dans les produits industriels (camembert Le Petit pour ne pas le citer). Si le fameux taux 0 est appliqué les pourfendeurs de clacos auront gagné il nous restera le cantal et autres tomes et encore pas trop fait et pasteurisé. 

Et la spéléo dans tout ça ? J'y viens !

 En 1990, dans un audit de la Commission Européenne sur les sports dit à risques, il est dit de la spéléo que c'est une activité où les pratiquants se mettent volontairement ou inconsciemment en danger et qu'il n'existe pas de réglementation en vigueur gérant la spéléo et ses activités annexes. Pour la conscience du danger ils n'ont qu'à venir se mettre le cul au-dessus du vide. Mais c'est surtout le manque de réglementation qui est inconcevable pour un commissaire européen. Donc ces braves gens ont décidé de s'occuper de nous pour nous empêcher d'aller nous suicider dans des cavités.La première victime de nos sports favoris ce fut le canyoning (c'est vrai que ça cartonnait un max.) avec mise en place d'une réglementation contraignante aidée en cela par la forte professionnalisation du milieu. 

Pour la spéléo l'établissement d'une réglementation est plus complexe : le nombre de pratiquants réguliers est plus important et ce n'est pas une activité saisonnière et localisée comme le canyoning. Mais les lois apparaissent au fil des années : imposition de normes de plus en plus draconiennes sur le matériel, obligation d'avoir un initiateur qualifié et diplômé pour les initiations, etc.… . Il existe dans les cartons de l'Europe un projet de guides fédéraux ou départementaux dont il faudrait se faire accompagner pour toute expédition tout comme pour la montagne. C'est donc une décision de professionnaliser la spéléo et donc la mort des clubs.

En conclusion, tout doucement on est en train de nous enc…. à sec avec les manières en rendant notre loisir incompatible avec l'usage actuel que nous en faisons pour nous mettre devant le fait accompli. Je ne veux pas me retrouver avec une spéléo inodore, incolore et pasteurisée. Je veux pouvoir visiter les cavités que je souhaite quand, où et comme je veux. Ce que l'on nous prépare ce sont des balades planifiées à timing établi dans des cavités normalisées. La FFS ferait mieux de se préoccuper de l'avenir de la spéléo que de régler des guerres internes et politiques puériles. Il va falloir de plus régler le problème de la professionnalisation de ce sport car les heurts avec les passionnés vont devenir de plus en plus fréquents. Si nous ne nous en occupons pas nous mêmes, d'autres le feront pour nous et je ne suis pas certain que nous y gagnerions. Pour l'instant nous avons la chance qu'un (le seul) fournisseur de matos spéléo fasse pression pour conserver un maximum de petits clubs bien plus rentables pour lui que des grosses structures centralisées. 

Reste à savoir si nous nous laisserons bouffer tous crus (ou pasteurisés) par l'énorme européenne. Mais il ne faudrait tout de même pas favoriser et aggraver les choses par des inepties fédérales du genre :  classification des cavités en quatre catégories  et  recommandations sur des normes de matériel  plus sévères que les normes en vigueur. Ces recommandations, sans doute faites de bonne foi, peuvent représenter une base pour une réglementation imposée à tous. 

JCB (avril 99)


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