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Préhistoire et Histoire de l'éclairage

CHRONIQUE DE « Doc Carbur » N° 15

Remerciements

Nous souhaitions nous lancer dans une chronique sur l'origine de l'éclairage et avions suspendu cette initiative car les pages publiées naguère sur le site « Cavalampes » étaient  complètes et fort bien documentées. Suite à un message inattendu et providentiel, Doc Carbur put entrer en contact avec l'auteur de ce site : un spéléologue passionné de lampes anciennes. Il était vraiment dommage de ne plus pouvoir profiter du travail très intéressant publié sur « Cavalampes » qui, bien que référencé un peu partout, est aujourd'hui inaccessible sur le Web. Un immense merci à Cavannus, son auteur, qui nous a généreusement autorisé à utiliser le travail initialement écrit et mis en ligne par ses soins.

Un grand coup de chapeau également à plusieurs de nos amis (par ordre alphabétique) : Philippe GALANT (archéologue à la DRAC L-R et spéléologue amateur) qui nous a procuré et autorisé à exploiter un compte-rendu édifiant sur les traces d'éclairage trouvées dans la grotte d'Aldène (34) et Philippe TRONCIN (enseignant et archéologue amateur) qui nous a permis d'utiliser une exposition concernant l'éclairage préhistorique et les lampes antiques de l'association LONDRAS. C'est grâce à eux qu'un complément de la première partie de l'article de Cavannus a pu être réalisé. Qu'ils en soient remerciés.

Pour une fois, Doc Carbur n'aura pas fait grand chose dans cette chronique N° 15, à part quelques dessins et un peu de mise en page : fainéant va !

Sommaire

 

1. La lampe primitive 9. Le combat gaz/électricité
2. Chandelles, brûle-jonc, ... 10. Le bec Auer
3. Premiers progrès 11. Les lampes à pression
4. Les lampes mécaniques 12. Les lampes sans pression
5. L'arrivée du gaz 13. L'acétylène
6. Le pétrole et ses dérivés 14. Faites revivre les ancêtres
7. L'essence 15. Liens utiles
8. La fée Électricité 16. Exposition sur l'éclairage antique.
17. L'éclairage préhistorique au Mésolithique dans la grotte d'Aldène (Cesseras, Hérault)

 

 

 1. La lampe primitive >>>

Par un bel après-midi de juin, l’Homme des Cavernes découvrit le feu. Comme il vivait dans les cavernes et qu’il n’y faisait pas très clair, il remarqua que si le feu chauffait, cuisait, fumait, il pouvait aussi éclairer...

Lampe à huile à deux godetsAvant l’Antiquité, les lampes ne sont que des objets utilitaires, auxquels on n’accorde qu’un soin dérisoire. Si dès le Néolithique, l'huile végétale, plus fluide, est préférée à la graisse animale ou à la résine, ce sont les Grecs et les Romains qui donneront toute leur noblesse aux lampes à huile. Qu'elles soient en pierre, en terre cuite, en fer et même en bronze, jusqu'au Moyen-âge certaines sont malicieusement décorées : outre les ornements classiques, on trouve des visages humains, des têtes d’animaux, des becs multiples,...    

Deux exemples de harponsLe principe est simple : dans un récipient rempli d’huile, trempe une mèche en fibres végétales torsadées ou tressées (roseau, chanvre, lin, laine, puis coton) qui se gorgent de liquide par capillarité, et que l’on allume. L’huile étant assez difficile à enflammer, la flamme ne remonte pas le long de la mèche, même dans les lampes ouvertes bien conçues (elles ne le sont pas toutes !).

Ce type de lampe à huile sera le seul en usage jusqu’au XVIIe siècle : suivant les régions, on parle de « caleil », de « cracet », de « caléo »... Les formes resteront pratiquement les mêmes : un godet (réservoir), ouvert ou fermé, et un bec qui porte la mèche. Parfois un autre godet, sous le principal, permet de recueillir l'huile qui goutte (voir Figure 1). Des systèmes de crémaillère ou de vis permettent d'incliner le réservoir pour amener l'huile à la mèche lorsque le niveau baisse. Ces lampes en fer, parfois en bronze ou en laiton, sont à suspendre ou à accrocher ; leur « harpon » (voir Figure 2) se pose sur un clou, sur le rebord d'un meuble, ou se plante directement dans un mur ou une poutre.

Le combustible utilisé varie selon les régions et les moyens du bord : huiles végétales de noix, colza, olive,... ou animales (baleine). Toutes n'ont pas le même coût ni les mêmes résultats : par exemple, le colza est moins cher, mais moins lumineux que la noix.

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2. Chandelles, brûle-jonc, éclats de bois, cierges et bougies  Saut au début de cette page

ChandelleEn Occident, à partir du Moyen-âge la chandelle rivalise avec la lampe à huile. En effet, cette dernière a l’inconvénient de réclamer une attention constante - la remplir régulièrement, couper et remonter la mèche qui charbonne, nettoyer l’huile qui coule,... La chandelle, seulement constituée d’une mèche entourée de suif de bœuf ou de mouton, est plus pratique sans être excessivement chère (mais elle est taxée et l'huile reste plus économique). Plus de liquide qui se renverse, de flamme à ajuster, de réservoir à remplir ! Mais le suif coule et graisse les doigts (voir Figure 3), la flamme demeure jaune et fumeuse, il faut toujours entretenir la mèche qui finit par charbonner... La perfection est encore loin !

Brûle-jonc porte-chandelle.Les moins fortunés utilisent aussi les brûle-joncs : des tiges de jonc séchées sont trempées dans de la graisse animale, et brûlent en produisant une faible lumière. Elles sont maintenues à la base par une espèce de pince en fer (parfois doublée d'un porte-chandelle - voir Figure 4). Encore moins chers, et encore moins performants sont les éclats de bois : des morceaux de bois résineux sont posés sur une grille, souvent près de la cheminée, et sont enflammés.

La lumière artificielle coûte cher, trop cher. Le plus souvent, le feu de l’âtre éclaire seul la table familiale lors des repas et des veillées.

À cette époque, une alternative est réservée aux plus riches : c’est le cierge de cire. Il conserve les avantages de la chandelle et en élimine les défauts. Mais son prix en limite la diffusion dans les plus hautes sphères de la société.

Dans la bougie stéarique, développée au milieu du XIXe siècle, on sépare chimiquement les deux composants du suif, l'acide stéarique et l'acide oléique. C'est le premier qui est conservé dans les bougies, en utilisant parallèlement des mèches de coton tressé, ce qui assure une flamme plus fixe et plus brillante que jamais. Le tressage permet à la mèche de se courber et de se consumer : inutile alors de la moucher ! La misérable chandelle disparaît alors, et la cire perd de son intérêt.

Mouchettes et ensemble de bougeoirsDifférents types de chandeliers permettent d'utiliser au mieux ce mode d'éclairage plus pratique que l'huile (voir Figure 5). Le bougeoir comporte un plateau que l'on tient par une anse, généralement dans les chambres et pour se déplacer. Dans les flambeaux (à une chandelle) et les candélabres (à plusieurs chandelles), on encastre en général la bougie dans un tube profond de quelques centimètres. On peut également la piquer sur une pointe, ou au contraire l'insérer en entier dans un tube (un ressort la pousse alors vers le haut). Certains chandeliers, dits à binet coulissant, permettent de remonter la chandelle au fur et à mesure qu'elle se consume. D'autres encore sont munis d'une pique pour être fichés dans les poutres en bois. Les bobèches, espèces de disques posés à la base de la bougie, évitent que le suif ou la cire ne coulent par terre. Les mouchettes sont des espèces de ciseaux qui servent à couper (« moucher ») l'extrémité carbonisée de la mèche des chandelles.

3. Premiers progrès  Saut au début de cette page

À partir du XVIIe siècle, le coton est importé des terres exotiques et fait son apparition dans les mèches des chandelles et des lampes. LÉGER, vers 1770, propose des mèches en coton tissé, enduites de matières grasses aromatisées, qui conduisent une huile épurée.
Mais le principal problème reste que dans toutes ces lampes primitives, l’huile arrive irrégulièrement à la mèche qui se consume et charbonne, tandis que la flamme reste jaune, pâle et fumeuse.

Bec à huile à mèche plateUne des premières améliorations sera la mèche plate (voir Figure 6). Avec une mèche classique, l’intérieur de la flamme ne reçoit pas d’oxygène ; avec la mèche plate, l’air peut « lécher » toute la flamme et la combustion est meilleure.
Comme nous l'avons évoqué, de nombreuses lampes suspendues avaient leur godet inclinable, par vis ou crémaillère, permettant de toujours amener l’huile au niveau de la mèche. Mais cela n’offrait qu’une servitude supplémentaire !

Vers 1780, le chimiste français PROUST invente la lampe à niveau constant et à réservoir latéral : à l’intérieur du réservoir une sorte de cloche renversée retient l’huile, qui arrive régulièrement au bec situé sur le côté.

Par ailleurs, ARGAND propose son bec à double courant d’air : la mèche n’est plus pleine, mais elle devient cylindrique (en forme de tuyau), ce qui permet à l’oxygène de circuler à l’extérieur et à l’intérieur de la flamme. On retrouve un peu le principe de la mèche plate, mais le rendement et la luminosité sont meilleurs. Il ajoutera une cheminée de tôle au dessus de la flamme, bientôt remplacée par un verre cylindrique dès que le verre aura atteint une qualité qui lui permet de résister à la chaleur. Ce verre canalise l’air autour de la flamme et assure le tirage. L'ANGE remplace le verre tubulaire par un verre coudé, étranglé au niveau de la flamme, augmentant encore l’effet du tirage. (Ce type de bec sera conservé jusqu’à nos jours ; légèrement modifié, il équipe toujours les lampes à pétrole.)Lampe Quinquet

Antoine QUINQUET, associé à L'Ange, regroupe en 1784 ces trois inventions novatrices pour fabriquer la lampe qui porte son nom (voir Figure 7). Son principal apport, outre une excellente commercialisation, est de monter le réservoir et le bec sur une tringle verticale. Cette lampe, très populaire, pratique, fonctionnelle et simple, connaît un grand succès, malgré son défaut de projeter une ombre immense à cause du réservoir.

Lampe Sinombre

En 1820 apparaît la lampe sinombre (du latin, sans ombre) de PHILIPS : le réservoir en forme d’anneau creux entoure le bec et supporte un abat-jour (voir Figure 8). L’huile coule vers la mèche avec un débit suffisamment important pour assurer une bonne combustion. À cause de son réservoir qui masque en partie la lumière autour de la lampe, on trouvera surtout ce type d’éclairage aux plafonds et sur les bureaux. Mais son réservoir est plat et non torique, ce qui fait que le débit de l’huile (toujours au même niveau, à quelques millimètres près) est constant, et que l’immense ombre du réservoir disparaît.

4. Les lampes mécaniques  Saut au début de cette page

Lampe à modérateurEn 1800, Guillaume CARCEL invente une lampe sur pied, dont le système d’horlogerie actionne un piston qui fait monter l’huile de manière régulière jusqu’au bec. Le porte-verre est mobile : la hauteur du coude est variable, pour obtenir la plus belle lumière possible. On reprochera au mécanisme de cet appareil d’être délicat et capricieux, son prix élevé réservant l’usage des lampes Carcel aux plus fortunés.

Deux lampes à modérateurPetite révolution, la lampe à modérateur voit le jour en 1837 (voir Figures 9 & 10). Fiable (du moins tant qu’elle est neuve !) et peu onéreuse, elle reprend le principe des lampes à pompe : un ressort comprime l’huile dans le réservoir, qui remonte vers la mèche. L’astuce, pour assurer un débit régulier, est de faire passer le liquide dans un tube de faible diamètre (2 ou 3 mm), solidaire du piston et mobile, dans lequel passe une aiguille fine, le modérateur. Quand la lampe est pleine, le tuyau est bien enfilé dans le modérateur, l’huile à forte pression a du mal à passer ; quand la lampe est bientôt vide, le tube est presque libéré et l’huile à faible pression passe facilement. La clef ronde sert à régler la mèche, tandis que l'autre - souvent joliment décorée - actionne une crémaillère pour remonter le piston au-dessus de l'huile.

Toutes ces lampes, à cause de leur perfectionnement, réclament un entretien important. Il faut les remplir et les nettoyer, en évitant de se salir, régler ou changer les mèches, etc.

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